Décès du P. Jacques LEFUR, PSS

Le P. Jacques Lefur, originaire de Nantes mais dans le diocèse d'Aix-En-Provence depuis de nombreuses années, vient de décéder après quelques mois de lutte courageuse contre le cancer.


C'est le P. Henri de La Hougue, 1er Consulteur, qui représentait le Conseil Provincial à ses obsèques présidées par l'archevêque d'Aix, Monseigneur Christophe Dufour, à la cathédrale.


Voici l'homélie de Mgr Dufour:


aix
Homélie de Mgr Christophe DUFOUR
Obsèques du père Jacques LEFUR, prêtre de Saint- Sulpice
Vendredi 10 octobre 2014
Cathédrale Saint Sauveur à Aix en Provence

Lectures choisies par Jacques Lefur : Ph 3, 8-14 ; Ps 144, 1-9 ; Jn 15, 1.9-17
« Je ne me prépare pas à la mort, je me prépare à la résurrection ». Tout est dit. En ces mots que le père Jacques Lefur avait si souvent sur les lèvres ces derniers mois, tout est dit de la foi de l’Eglise qui nous rassemble aujourd’hui. Que puis-je faire d’autre, en cette homélie, que de faire résonner cet acte de foi en notre assemblée. « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » dit l’apôtre Paul. En choisissant lui-même les textes de l’Ecriture pour cette célébration, notre frère a voulu que la proclamation de la Résurrection retentisse en cette cathédrale au moment où ses amis lui adresseraient leur dernier adieu. Toute sa vie est le témoignage de la Résurrection. C’est ainsi que nous pouvons brièvement la relire.


Etre ressuscité, c’est connaître le Christ, c’est le saisir. Le Christ est le choix de toute la vie de Jacques Lefur. Le choix exclusif. Le choix qui l’a engagé dans le célibat pour être tout au Christ, pour être parmi les humains le signe que le Christ est le tout de tout et que tout subsiste en lui. Le connaître, lui, le Christ Jésus, lui le Seigneur, lui, avec la puissance du Ressuscité. Nous savons la curiosité intellectuelle de Jacques Lefur. Elle n’a jamais faibli. Il était insatiable. Jusque dans les derniers jours, nous le trouvions avec un livre sur les genoux. Tout au long de l’année 2013, nous recevions de lui mois après mois, presque semaine après semaine, les synthèses des dernières publications exégétiques et de théologie biblique sur la personne du Christ dans les écrits du Nouveau Testament, jusqu’en juin 2014 où il fit le point des dernières recherches sur le Pentateuque. Qui est cet homme Jésus ? Quel mystère caché vit en lui ? Il est le Ressuscité. Et d’où est-il né ? Etre ressuscité, c’est connaître le Christ, l’éternel engendré de l’Eternel Amour. Etre ressuscité, c’est demeurer dans son amour, éternellement. Le théologien Urs Von Balthasar disait que le Père nous resterait sans doute caché à jamais, inaccessible, mais que nous pourrions le contempler éternellement dans le visage du Fils, l’Agneau vainqueur, assis à la droite du Père.


Etre ressuscité, c’est être justifié, c’est être rendu juste, ajusté, configuré au Christ. Dois-je ici témoigner des mérites de Jacques Lefur et faire son éloge funèbre, retracer les étapes de son combat contre le mal et de son chemin vers la sainteté ? Non, le mot mérite n’est pas chrétien, il était étranger à son vocabulaire ; il savait bien qu’il n’avait aucun mérite, que la sanctification est l’œuvre de l’Esprit Saint, que tout est grâce. Si notre vocation d’êtres humains est d’être saints comme Dieu est saint, parfaitement ajustés, configurés au Christ, c’est par pure grâce et par la foi. Si nos œuvres sont bonnes, c’est encore par pure grâce de Dieu. Tel était l’acte de foi dont témoigne toute la vie de Jacques Lefur, humble fidèle du Christ, pasteur et théologien par appel de l’Eglise. Combien il a dû se réjouir lorsque le 31 octobre 1999, il y a 15 ans presque jour pour jour, 482 ans après la publication à Augsbourg des 95 thèses de Martin Luther et les condamnations qui ont suivi, de hauts représentants de l’Eglise catholique et de la Fédération luthérienne mondiale signaient en cette même ville d’Augsbourg une déclaration officielle commune sur la doctrine de la justification. « Je regarde tout comme déchets afin de gagner le Christ et d’être en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la loi, mais la justice par la foi au Christ ». Dans son testament, Jacques Lefur reprend à son compte le testament de Paul. Tout est grâce. Il y a un an, je lui confiais la mission de délégué épiscopal à l’œcuménisme. Il m’avait dit : « Pour un an ». Un an après il tire sa révérence. Ce fut sa dernière mission, couronnant toute une vie passionnément vouée à la rencontre des chrétiens et à la recherche de leur unité.


Etre ressuscité, c’est être pardonné et réconcilié. Comme le dit saint Paul, notre identité chrétienne, c’est d’être réconciliés. Jacques Lefur fut l’humble serviteur de cette réconciliation. Il le fut par son intense communion à tout ce que vit l’humanité. Sa passion pour le cinéma en témoigne. Le 22 octobre dernier il écrivait : « Le cinéma est l’art de notre temps par excellence, il fait venir au jour de nombreux aspects de la culture d’une époque ». Il y repérait tout ce qui unit les humains, l’âme intime, le cœur, la source existentielle de la personne humaine. Lorsque vient pour lui la maladie, il choisit de la vivre comme une expérience existentielle qui le relie à tout le genre humain de tous les temps et le met en communion avec tous les souffrants de la terre, en Christ. Comme prêtre, célébrant chaque jour l’eucharistie, toute la famille humaine devient entre ses mains une offrande spirituelle, corps du Christ pour le salut du monde. Comme prêtre, ministre du sacrement de réconciliation, il rend présent l’œuvre de miséricorde du Christ Jésus. Ce pardon, c’est nous qui l’implorons pour lui aujourd’hui.


Jacques Lefur était un père. Il laisse aujourd’hui de nombreux orphelins qu’il a accompagnés dans leur vie d’enfants de Dieu. Par-delà sa mort, il nous rappelle la finalité de toute notre vie : nous laisser saisir par le Christ et demeurer dans son amour ; aller droit de l’avant, courir vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.

Amen.




A la demande de Jacques, nous avons récité ensemble cette prière de M. Olier :


Je vous adore, Père éternel, et je vous loue en votre Verbe qui est votre louange ; je vous aime, Père et Fils, en votre Esprit qui est tout votre amour.
Père éternel, ma foi révère en son obscurité votre lumière inaccessible.
Verbe divin, mon espérance publie l’immensité de votre miséricorde.
Esprit divin, mon cœur vous reconnaît comme la source inépuisable du pur amour.
Père éternel, soyez notre Père en votre Fils.
Fils de Dieu, réconciliez-nous à votre Père, en votre Esprit pour être ses vrais enfants d’adoption, et pour rendre en cette qualité un hommage perpétuel à votre filiation éternelle.
Fils de Dieu, notre tout, que nous soyons vos membres vivants en votre direction ! Que nous soyons vos frères, et que nous ayons la gloire de posséder éternellement un même Père avec vous !
Esprit divin, soyez notre âme, notre vie, notre joie ; soyez le sanctificateur de temple de notre cœur, qui ne veut jamais cesser d’adorer, de louer, d’aimer, de servir Dieu le Père, et de sacrifier à sa gloire par son Fils Jésus-Christ, en votre propre vertu, ô mon divin Esprit.
(Prière du matin de “La Journée chrétienne” (La troisième, dans l’édition d’Amiot, p. 105-106))