P. Berchmans Joseph BLANC, p.s.s.

 

Une bonne assemblée entourait la famille du P. Berchmans BLANC à Villemur sur Tarn (Haute-Garonne) le lundi 30 juin 2014 pour ses funérailles. L'archevêque de Toulouse présidait la célébration. Parmi les prêtres, un ancien élève du Grand Séminaire de Toulouse où il enseigna la philosophie de 1946 à 1950 (le chanoine Pierre Brun).



Ci-dessous, l'homélie du Supérieur Provincial de France


1 Jn 3, 14-20
Ps 22
Jn 19, 17-18.25-30

« Tout est accompli. »
Dans l’Evangile de Jean, nous venons de l’entendre, ce sont les tout derniers mots de Jésus au terme de sa mission, au terme de sa Passion : après quoi, « inclinant la tête, il remit l’esprit. »

« Tout est accompli. »
Au terme de la vie du P. Blanc, nous pouvons désirer dire nous aussi, à son sujet, ces mêmes mots de Jésus : « Tout est accompli. » Le voici parvenu au terme de sa Passion, et au terme de sa mission parmi nous. Sa vie a été retracée tout à l’heure par le P. Bachet, curé de Villemur. Elle fut celle d’un homme, d’un chrétien, d’un prêtre, d’un prêtre consacré à la formation des prêtres.

Pour ma part j’ai connu mon confrère sulpicien à l’occasion de nos rencontres annuelles à Toulouse, puis de quelques visites quand il habitait encore sa maison et vivait des produits de son jardin. Devenu âgé, trop âgé pour rester seul chez lui, il a continué quelque temps encore de venir à nos rencontres, tendant l’oreille pour capter les nouvelles données par les uns et les autres, posant des questions sur la situation des séminaires ou des vocations…

Le P. Blanc était devenu prêtre et était entré dans la Compagnie de Saint-Sulpice la même année, il y a 68 ans… Prêtre consacré au service des prêtres et de leur formation : tel était son désir, sa vocation dans la vocation. Nous l’avons entendu : il a exercé concrètement ce ministère spécifique pendant 5 ans seulement, au Grand Séminaire de Toulouse (il y a ici au moins un de ses anciens élèves, peut-être d’autres ?) Pourtant, toute sa vie est restée marquée par cette vocation contrariée par des soucis de santé importants, toute sa vie.

Hier, à la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, Monseigneur Le Gall, notre Archevêque, a ordonné deux nouveaux prêtres pour le diocèse. Dans les gestes de l’ordination, il y a un dialogue entre l’évêque et les futurs prêtres. Parmi les questions que l’évêque pose rituellement à ceux qui vont être ordonnés, il y en a une qui hier, en pensant à aujourd’hui, a plus particulièrement retenu mon attention : « Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au Souverain Prêtre qui s’est offert pour nous à son Père en victime sans tâche, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain ? » La réponse à cette question, « Oui, je le veux », contient ce qui est au cœur de la vie d’un prêtre. En bonne santé, capable d’abattre des montagnes, ou bien affaibli par la maladie, les épreuves ou l’âge, la vie d’un prêtre, les actes de son ministère, n’ont de signification qu’en référence à cette offrande qu’il fait librement de sa vie, en union avec l’offrande du Christ sur la Croix. La richesse de la vie sacerdotale des prêtres ne se mesure pas à la quantité de services qu’ils rendent ou ont rendus. Au cœur de la vie des prêtres il y a leur « conformité au mystère de la croix du Seigneur ».
« Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au Souverain Prêtre qui s’est offert pour nous à son Père en victime sans tâche, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain ? » - « Oui, je le veux. »

En 1950, le P. Blanc avait 30 ans. Il est devenu aumônier de la maison de retraite de Villemur. Dès lors, son ministère a consisté à écouter les gens, ceux de la maison de retraite et bien d’autres, à devenir leur ami au nom du Christ, à les servir comme prêtre essentiellement en célébrant l’eucharistie parmi eux. C’est principalement ainsi que, tout au long de sa vie, il s’est uni au Souverain Prêtre, qu’il s’est consacré à Dieu pour le salut du monde : en devenant un ami, et en célébrant l’eucharistie au milieu d’eux. Aujourd’hui, « tout est accompli ».

Lorsque Jésus prononce ces mots, il est réduit à la plus totale impuissance. Cloué sur le bois de la Croix, sa parole est moquée, ses prétentions réduites à néant… A vue humaine, tout est fini : il n’a même plus figure humaine, et ceux qui avaient mis tant d’espoir en lui rebroussent chemin et repartent chez eux… Tout est fini.

Pourtant, Jésus ne dit pas : « tout est fini », mais : « Tout est accompli. » Par ces mots, il dévoile une vérité que l’œil ne peut voir, il dévoile le sens réel de toutes choses et de toute vie. Venu en ce monde pour révéler le cœur aimant du Père, il n’a pas failli à sa mission, même dans la persécution, les trahisons, les souffrances insupportables que lui infligent ses bourreaux. Sur la Croix Jésus révèle une autre source de fécondité : alors que ses mains sont réduites à l’impuissance, c’est de son cœur transpercé que jaillissent l’eau et le sang qui donnent la vie éternelle, qui sauvent le monde, qui réconfortent, soignent, pardonnent, donnent la paix, et finalement la joie.

« Tout est accompli. »
Alors que nous accompagnons un frère prêtre, un ami, un compagnon, un père… parvenu au terme de sa vie terrestre. Nous pouvons dire, avec Jésus, par Lui et en Lui : « Tout est accompli. » Nous le faisons en célébrant l’eucharistie, c'est-à-dire en remerciant Dieu de nous donner la possibilité à tous de nous unir au don que le Christ fait de sa vie, « pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Nous confions à la miséricorde du Père celui qui avait donné sa vie pour le servir, en servant ses frères. Nous le confions à la tendresse de la Vierge Marie, et à la joie de tous les saints du Ciel.